Les volontés
se démultiplient dans l’underground hexagonal : après la compilation
« In this cold terrific room » envoyée par La Chambre Froide,
c’est au tour de Mechanoise Labs de nous gâter franchement
avec cette collection éclatée de musiques électroniques et
belles à pleurer, et dont l’optique, dans des genres assez
différents, reste toujours de faire connaître et diffuser
des œuvres méconnues et contemporaines. On ne peut pas dire,
d’ailleurs, que la scène électronique soit en reste, devant
le parterre de fleurs sombres que nous donne à apprécier de
vive ouïe ce CD unique en son genre.
Le travail
des ambiances s’y révèle pointu (Rudra Vena : « Flux » et
Hirochimiq avec son « Happening » sont particulièrement inquiétants,
ce dernier entrant dans certains des champs balisés par CMI),
et le minimalisme des fréquences y est
de rigueur (Dusk of Hope : « Expériences sur matériel humain
» ; Stelladrine : « Project snowbird »). La compilation maintient,
au fil de chacun des artistes présentés, une pression constante
: la guitare désenchantée et répétitive accentue la pression
inquiète des boucles saturées du « Strong and athletic » de
L’Arme A Gauche. Les séquences se suivent, et se superposent
pour conduire à un amas progressivement bruitiste sur « Track
4 », composé par Sobria Ebrietas.
Une approche
plus typiquement industrielle, à la Brighter Death Now, fait
l’objet des infra-basses et saturations de Nourmansk 150 («
Disorder »). Un bruitisme plus sec s’accomplit ensuite au
fil des minutes éfrenées par Asphalt Leash, et avec bonheur
(« With knives at their throats »), mais ce bruitisme ne capitule
jamais devant les mélodies qui fondent les textures. Il se
poursuit de manière plus abstraite et linéaire, mais tout
aussi expérimental avec Ripit et son « Deadline overlap ».
Puis, si le spoken word entrepris par Chupacabras nous laisse
de marbre, on se laisse finalement prendre au jeu de ses montées
abstraites et inexorables qui font de « Tournesols, horloges
et comètes » une des pièces les plus atypiques de l’ensemble.
La boucle
parasitaire de Tin.RP, qui installe le non-confort sur « warmecha
v1.2 » condense l’essentiel de nos peurs quand surgit Giscard
Le Survivant et ses ambiances étranges et décalquées sur nos
décalages et le temps qui s’échappe de leurs manifestations.
Giscard Le Survivant et Zerogoki, dans un style ambiant paradoxal,
font d’ailleurs office de secondes grosses curiosités issues
d’un ensemble dont la conclusion, formulée
par Inoculation à travers « Dead end », consacre la supériorité
du bruitisme sur l’ensemble des démarches entreprises par
toutes ces formations.
Du bonheur
en barre, pour amateurs d’une postériorité à donner au rock.
A se procurer d’urgence.